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Aty - Peinture sur soie
Arthur Gillet

Peinture sur soie
70 x 100 cm
Unique

Dans le cadre d’une invitation Carte Blanche, Arthur Gillet présente la série de pièces textiles « A Ring of Bright water », des pièces uniques réalisées en soie et coton inspirées de la problématique soulevée par Donna Haraway dans son Manifeste des espèces compagnes (2003) sur la domestication des animaux sauvages. La loutre, en tant qu’espèce menacée par ses attraits, en est un exemple éloquent : Gavin Maxwell ou Rosa Bonheur tentèrent de tisser une relation proche avec celle-ci. Aujourd’hui une frénésie se développe sur les réseaux sociaux où les loutres, arrachées à leurs biotopes, sont réduites à des objets mignons et transitionnels, que quelques influenceurs tentent de dénoncer.

 

« La loutre, joueuse et sociable, demeure pourtant sauvage. Elle est pataude sur terre mais se transfigure pour être élégante et furtive dans l’eau. C’est d’ailleurs en Irak que l’écrivain anglais Gavin Maxwell adopte la loutre Mijbil. Il est sans doute attendri par son côté canin, puisque la loutre est appelée chien d’eau en sumérien comme en vieil écossais. Gavin Maxwell emménage avec Mijbil dans une Écosse sauvage, plus propice à leur bien-être. Peut-être est-ce sur la même plage que Saint Cuthbert, au VIème siècle, se baigne avec les loutres et promulgue la première loi écologique connue en occident en interdisant aux humains l’accès à certaines îles pour préserver la faune et la flore.

En 1775, Buffon entend parler d’une femme vivant à Autun partageant lit et repas avec une loutre nommée « Loup-loup ». Le naturaliste échoue à cohabiter avec ces animaux dans une perspective plus scientifique qu’affective. Rosa Bonheur et sa compagne Nathalie Micas aussi vivaient, entre autres, avec une loutre. Face à la frénésie actuelle autour de cet animal sauvage, et notamment via le développement des « otter cafés », quelques influenceurs tels qu’Aty tentent de changer radicalement d’approche. Ce déplacement d’un rapport patriarcal et anthropocentrique vers un modèle de cohabitation est un enjeu important que traite le Manifeste des espèces compagnes (2003) de la philosophe américaine Donna Haraway. La loutre, espèce menacée par ses attraits, expose au défi pour l’amour humain : sa nécessité de dépasser les illusions qui sont pourtant à l’origine de ce sentiment. » – Arthur Gillet

Arthur Gillet (1986, France) est diplômé en 2011 de l’Ecole des Beaux-Arts de Rennes et se forme à la danse contemporaine au Musée de la danse. Il grandit en transition de genre, dans une famille sourde et neuroatypique en marge du marché du travail, communiquant par une figuration gestuelle et non verbale. Marqué par les autrices et artistes qui ont accompagné son parcours de transition (Naoko Takeuchi, Jane Austen, Valtesse de la Bigne, Virginia Woolf, Hannah Arendt, Catherine Geel, Murasaki Shikibu), il questionne la réappropriation des moyens de production, du corps et de son image, à travers la céramique, la menuiserie, la peinture sur soie, la couture et la performance.
Dans le cadre de sa résidence à la Cité internationale des arts menée en 2022, son atelier lui permet d’aborder d’autres formats et matériaux.